jeudi 30 avril 2009

Sur un air de "J'veux du cuir".

Précédemment dans "Sur un air de..."
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Pigalle, dimanche soir. Exténué, je descends par la rue Houdon pour laisser libre course à mes pas. Presque fébrile et en silence. Les voitures ont déserté l'arrondissement. Fermé, presque capitonné pour cause de grippe porcine. Etrange après tout. Au loin quelques trompettes. Elle se rapprochent. Et viennent jusqu'à tambouriner mes tempes. "J'veux du cuir. Pas du peep-show, du vécu... J'veux du cuir." m'envahit. Ces quelques mots de Souchon m'entraînent. Ailleurs. Et ici.

Dans ce cinéma pourri du quartier, je décide de m'assoir. Ni trop près, ni trop loin de cette toile blafarde aux couleurs mal dégrossies. Vestiges de temps oubliés, à des années lumières d'aujourd'hui. Seul, je savourerai presque ce moment entre deux gémissements portés à l'écran et lâchés par quelques hauts-parleurs au son criard. Rien ne va dans cet endroit glauque. Qu'y fais-je, d'ailleurs?

Voici Souchon qui me rattrape avec son "J'veux des gros seins, des gros culs. J'veux du cuir..." tandis qu'un homme sans âge, ni présence vient hanter mon lieu que je viens de sacrer. Il siffle ma chanson. Je l'entends presque fredonner "J'veux du cuir. Sade, Shade et Suzy Q." Tendant l'oreille, entre deux souffles de jouissance feinte et mal jouée, je me confirme qu'il me vole toute ma nuit.

Il se pose au premier rang. Exerçant mon ouïe à plus d'effort, je le vois persifler. Et braguette baissée, je l'observe dans sa démarche. Alors, sans bruit, je quitte mon siège et m'avance jusque vers le deuxième rang. Les banquettes levées facilitent ma progression jusque derrière ce goret qui m'assassine Souchon jusque dans ses mouvements frénétiques.
Ne pouvant en supporter plus, je glisse ma main dans la poche intérieure de mon veston. "Am'nez le shout, l'éther. Les lames de rasoir, les tubes de colle." Mon esprit est inondé tandis que je plonge, sans un regard en arrière, la lame finement aiguisée dans la carotide de mon voisin. Il geindrait presque en se vidant.

Apaisé, je me retourne pour quitter cette salle maintenant souillée. En passant près de l'entrée brumeuse et sans lumière, je salue l'ouvreur en renouant ma cravate. La chanson reprend en moi-même. "Le monde est glauque et ça s'écrit..." conclut presque le chanteur. Je souris en regardant l'enseigne clignotante des lieux: Au cul. Et termine mon chant de guerre intérieure par "G2LOQ, mon ami..."

Rassasié.

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